A lire, à relire
Dans moins de cinquante jours, j'aurai cinquante ans. Il me reste probablement moins de cinquante autres années à vivre et j'aurais certainement plus de cinquante bonnes raisons d'être triste. Jeunesse envolée, certains projets abandonnés, rides assurées. Pourtant, je déborde de joie et d'énergie parce que, tout à côté de ces cinquante raisons d'être triste, surgit une autre réalité qui, à elle seule, efface les rides, donne le goût d'élaborer de nouveaux projets et masque l'âge du corps. L'amour de la vie. Cette vie qui m'a trop longtemps échappé. J'étais vieille à vingt ans, je suis jeune à cinquante.
Les gens malheureux croient, à tort, que les gens heureux ont plus de chance qu'eux. Ils s'imaginent que le bonheur tombe du ciel comme la neige en hiver. Ils se trompent. Le bonheur vient à ceux qui l'appellent comme un enfant appelle le sourire et la tendresse de sa mère. Le bonheur appartient à ceux qui ont le courage d'être heureux contre vents et marées.
L'amour de la vie ne me vient pas de celui que j'aime et qui ne peut pas être à mes côtés. Il ne me vient pas de la fortune, car je ne suis pas riche. Il ne me vient pas plus de la beauté plastique, car je suis une fille bien ordinaire. L'amour de la vie me vient de la vie elle-même. À partir du moment où l'on décide de choisir la vie, tout conspire à faire apparaître ce dont on a besoin pour la savourer. De façon imprévisible, la vie s'amuse à surprendre par ce qu'elle a de meilleur et ce qu'elle a de pire. Les joies et les peines font en effet partie de la danse perpétuelle de la vie. On ne peut éviter l'épreuve mais on peut certes l'envisager comme un défi à rencontrer. La dignité humaine permet de traverser le pire sans être constamment obligé de s'appuyer sur les autres pour y faire face. Se prendre en charge soi-même est la meilleure façon d'affronter sa souffrance et de s'en libérer.
Le compte à rebours est commencé. L'an 2000 se précipite sur nous avec son «bogue» monstrueux. Il est peut-être déjà là au moment où vous lisez ces lignes. Pourquoi ne pas faire de ce bug (selon sa graphie anglaise) une occasion unique de tourner, une fois pour toutes, la page de l'insatisfaction chronique, des regrets, des apitoiements sur son sort, des pensées négatives. Je vous propose un bug étonnant pour apprendre l'amour de la vie. B pour bâtir, U pour utiliser et G pour gagner. À chacun sa folie. La mienne est incurable. Le courage d'être heureux, c'est en effet bâtir chaque jour sa confiance en soi, dans les autres et en l'univers. Le courage d'être heureux, c'est aussi utiliser ses points d'ancrage tout en évitant d'en devenir esclave. Le courage d'être heureux, c'est enfin gagner le pari de l'équilibre malgré les passions qui nous habitent, les épreuves qu'il nous faut traverser et les paradoxes qui nous torturent.
Le courage d'être heureux exige une vigilance de chaque instant, une volonté indéfectible de ne pas sombrer dans le désespoir. Etre malheureux, c'est beaucoup plus facile que d'être heureux. On se laisse lentement glisser dans nos peines sans avoir l'intention de refaire surface. On se complaît à sombrer sous le poids de nos problèmes sans même prendre une petite respiration avant de mettre la tête sous l'eau. Lorsque nous nous concentrons si intensément sur ce qui nous manque, toutes nos richesses sont irrémédiablement écartées de notre champ de vision. On envie le bonheur des autres sans même réaliser qu'on est l'artisan de son propre malheur.
Il n'y a plus une minute à perdre. Chacun est responsable de son bonheur. Le bonheur est contagieux et il pourrait engendrer un nouvel âge d'or pour l'humanité. Sans la confiance, pas de bonheur. Sans la conscience, pas de vie. Il faut se retrousser les manches, regarder la souffrance et lui sourire en étant bien conscient qu'elle n'est que passagère, même si elle a tendance à faire des allers-retours réguliers. Au moment où l'on s'y attend le moins, cette visiteuse importune émerge souvent comme si elle était venue de nulle part. Lorsqu'on est complètement envahi par sa présence, soudain elle disparaît sans avertissement, tout comme elle était venue. Il faut donc profiter du moment présent quel qu'il soit, et se rendre compte de son importance pour notre évolution. Apprendre à apprécier ce qui est plutôt que d'aspirer à ce qui pourrait être.
Il faut plonger dans le bonheur à travers ses larmes, ses déceptions et ses peurs. Avoir le courage d'être heureux chaque matin et chaque soir lorsqu'on se sent seul et abandonné. Renaître à la vie chaque fois qu'il nous faut mourir à ce qui nous attache. Les renoncements et les souffrances peuvent écraser certaines personnes, mais ils permettent à d'autres d'accéder à la dégustation de la vie. Le choix nous appartient. Le courage d'être heureux, c'est l'art de canaliser son énergie dans le bon sens. Le courage d'être heureux, c'est beau et grand. Le courage d'être heureux constitue l'un des défis les plus nobles à relever pour soi, pour les autres et pour le destin de l'humanité